Introduction

Entre 1980 et 1999, le nombre des suicides dans les prisons françaises est passé de 39 à 125 par an. Le chiffre a été multiplié par trois en moins de vingt ans. Un fait nouveau : les suicides concernent également les gardiens de prison. Alors que la peine de mort a été abolie en 1981, la population carcérale est passée depuis de 40 000 à 60 000 aujourd’hui ; nous voulons comprendre quelle réalité se dissimule derrière ces murs ? En 2008, les personnes incarcérées se suicident sept fois plus que les personnes libres. Pourquoi ?

Pour la société civile, le prisonnier est nécessairement en prison pour une bonne raison ; et personne ne veut aller voir ce qui se passe derrière les barreaux. Mais la prison a changé durant ces vingt dernières années : peines d’emprisonnement plus longues, augmentation des sujets psychiatriques composant plus de la moitié de la population carcérale, arrivées de nouvelles formes de délinquances : sexuelles ou liées à la drogue.

Les suicides surviennent généralement dans les premiers mois de la prison, quand le sujet emprisonné, confronté au monde carcéral perd tout identité. Le prisonnier est confronté à la promiscuité, la violence, les brimades. L’enfermement est-il synonyme de mort ? Il n’a plus qu’une solution, chercher à s’évader. Évasion réelle ou par la mort, la folie.

L’enfermement physique et mental dissimule une violence sourde et des souffrances muettes, partagées par les détenus et leurs familles, par les gardiens et les médecins. Nous tenterons d’exposer les faits, de comprendre les actes, d’étayer le passé judiciaire et psychologique de la personne disparue, ses conditions d’incarcérations. Au cours d’une enquête minutieuse et objective, nous voulons recueillir les paroles des prisonniers comme des gardiens de prison, des médecins, des avocats et de l’administration pour nous éclairer et nous aider à recomposer l’histoire carcérale de ces vingt dernières années. Vingt années durant lesquelles le monde des prisons a évolué, comme notre société.

La prison nous renvoie-t-elle l’image d’une société devenue plus fragile et plus punitive ?